Pierre Nkurunziza sur les traces du Général Manuel Noriega
Le 10 mai 15

Vers la fin des années 1980, le Panama était sous la coupe réglée d’un dictateur narcotrafiquant, le Général Manuel Noriega. Il avait la réputation de profiter de tous les trafics, de protéger tous les criminels acceptant de lui donner une part de leur butin et de bâillonner son peuple, en étrillant toute contestation. Sous son règne sans partage, c’était la pensée unique : vous êtes pour ou contre lui, vous êtes son associé ou son concurrent ! Le Général Manuel Noriega tuait même dans son entourage politique pour décourager toute voie de ramener les choses à l’ordre. Ses Généraux étaient obligés de signer allégeance avec lui, l’armée et la police étaient dans l’incapacité d’y mener un coup d’Etat !

Le Central Intelligency Agency (CIA) américain avait ainsi tenté tous les coups, l’assassiner ou le démettre de ses fonctions, en utilisant le peuple du Panama, mais sans succès. Finalement, le locataire de la Maison-Blanche de l’époque, le Président Georges Bush père, va envoyer ses GI’S, les commandos américains, pour arrêter le Général Manuel Noriega et l’amener purger une peine de prison aux Etats-Unis d’Amérique. Depuis lors, ce Général déchu est toujours sous les verrous. Il serait aujourd’hui transféré en France, pour une autre peine dans une autre prison "tricolore". Toutes ses années de gloire et de puissance sont vite devenues une éternité de pleurs et de regrets. Le demi-dieu n’est plus que l’ombre de lui-même ! Et paradoxalement, le Général Manuel Noriega rassemble comme deux gouttes d’eau à Pierre Nkurunziza, au niveau de la gouvernance et de l’affairisme.

Pour beaucoup d’analystes, Pierre Nkurunziza, méchant dictateur qui distribue jusqu’à trois cent millions de nos francs à ses Généraux pour acheter leur conscience, les anesthésier en vue d’étouffer dans l’œuf un coup d’Etat au Burundi, risque de quitter le palais présidentiel comme le Général Manuel Noriega ! La Commission Electorale Nationale Indépendante ne pourra pas refuser sa candidature et de coup, la tenue des élections. Pendant ce temps, la population burundaise semble incapable d’affronter la Police Nationale et la Force de Défense Nationale, pour chasser Pierre Nkurunziza, dans ce qui serait une révolution populaire, comme récemment au Burkina-Faso ou lors du "printemps arabe". Sans une intervention étrangère, un appui international pour épauler le peuple burundais et dissuader les forces de l’ordre, Pierre Nkurunziza comptera encore ses jours au palais. Ce qui sera d’un impact très négatif pour les pays voisins, particulièrement le Rwanda et la Tanzanie.

C’est peut-être pour cette raison que le Président Paul Kagame du Rwanda est passé outre sa retenue diplomatique pour dire en substance que les burundais en ont déjà mal de leur "dirigeant". Ce ton devrait rester le même mercredi prochain, lors du sommet de Dar-es-salaam en Tanzanie, convoqué par l’East African Community pour analyser justement la question burundaise, très préoccupante pour la sous-région. Au moins 50.000 burundais ont déjà fui leur pays et ce chiffre serait inférieur à la réalité. En effet, en RDC, au Rwanda, en Tanzanie, en Ouganda et au Kenya, des centaines de burundais aisés sont logés dans les hôtels ou chez leurs proches parents et amis. Tout cela, à cause d’un homme, un seul individu, Pierre Nkurunziza. Le pays se trouve aujourd’hui dans un processus de décomposition avancée !

Pour limiter les dégâts humains et matériels dans ce pays, ce sommet de Dar-es-salaam devrait être une assise pour réanimer le Burundi, sa population et ses institutions républicaines. Les élections dans le contexte actuel, c’est donner un coup de main à Pierre Nkurunziza. L’urgence est de le mettre hors d’état de continuer à nuire aux intérêts du Burundi et de ses voisins. Sinon, près de 10 millions d’âmes seront sacrifiés au profit de Pierre Nkurunziza qui visiblement veut régner sur une "terre brulée" ! Chaque jour qui passe avec lui au pouvoir, c’est un enfer pour la population burundaise. Surtout que ses Généraux n’inspirent plus confiance aux manifestants et à tout le peuple burundais. Y compris le Général-Major Pontien Gaciyubwenge, un homme versatile et imprévisible, l’unique pilier du maintien au pouvoir de Pierre Nkurunziza.

Par Enock Haziyo
enockhaziyo@yahoo.fr
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