Les manifestants de Nyakabiga tombent dans le piège de Pierre Nkurunziza
Le 09 mai 15

C’est avec beaucoup de colère et de désolation que la population du monde entier, visionne sur les réseaux sociaux et plusieurs télévisions à l’échelle internationale, le corps carbonisé d’un jeune homme présumé être un "imbonerakure", brûlé vif à Nyakabiga, en mairie de Bujumbura. Aucune raison ne pourrait expliquer le retour du "supplice du collier", comme ce fut l’habitude des années du plomb au Burundi, en 1993-1996, spécialement dans la capitale burundaise. Cette exécution décriée par tout le monde, arrive alors qu’avant même que le Cndd-Fdd ne présente son candidat à la prochaine présidentielle, les organisateurs de la campagne "Halte au 3e mandat", avait vigoureusement exigé la non-violence pour tous les manifestants. Ces jeunes de Nyakabiga ont malheureusement commis une faute grave qu’il ne faudrait plus reproduire.

En effet, la violence engendre toujours la violence. Ce qui arrive à Nyakabiga pourrait alors se voir dans d’autres contrées du pays, ce qui ne pourrait jamais profiter, ni à la Démocratie ni aux contestataires du 3e mandat. Par contre, en jouant cette macabre carte, la population de Nyakabiga fait les bonnes affaires du régime Nkurunziza. A l’heure où le 3e mandat est contesté dans les quatre coins du monde, Pierre Nkurunziza et ses alliés peuvent investir dans la violence pour rallumer le feu de la guerre civile dans le pays et consommer finalement un autre génocide contre les minorités politico-ethniques du Burundi. Une manière d’occuper la coalition des "Imbonerakure – Interahamwe" et retarder ainsi les échéances électorales dans notre pays. Sous cette logique, Pierre Nkurunziza sera maintenu au pouvoir contre le gré de tous ces manifestants. Le Burundi resterait alors sous ses bottes, une recette à la syrienne avec le Président Bachar Al Assad ! Comme il n’a pas les moyens de maintenir et renforcer la paix, il va nous imposer une guerre aux allures génocidaires qu’il ne pourra pas malheureusement gagner ! On aura tous perdu !

Le "supplice du collier" tels que pratiqué à Nyakabiga, est inévitablement récupéré par Pierre Nkurunziza et ses alliés, comme un acte commis par des "terroristes" et non des manifestants pacifistes, descendus dans les rues pour défendre l’Accord d’Arusha et la Constitution, deux textes fondamentaux dans la consolidation et le maintien de la paix au Burundi. C’est ainsi que le fameux griot de Pierre Nkurunziza, le ridicule Edouard Nduwimana, flanqué de deux ministres en charge de la question de sécurité, le Général Gabriel "Tibia" Nizigama et le Général Pontien Gaciyubwenge sont vite arrivés sur les lieux pour constater ce dégât impardonnable par tous les pacifistes du monde entier. Cette récupération politicienne faite devant les caméras du monde entier, prouve, une fois de plus, la volonté gouvernementale de casser le mouvement de la campagne "Halte au 3e mandat", tout en protégeant la coalition "Imbonerakure – Interahamwe" et la PNB, malgré leurs forfaits quotidiens ! Pourquoi n’ont-ils pas allé voir les rescapés de Cibitoke, victime d’un jet en cascade de neuf grenades, lancées par les "Imbonerakure – Interahamwe"?

En carbonisant des gens dans leur quartier, les manifestants de Nyakabiga deviennent inconsciemment les artisans d’une prolongation au pouvoir du sanguinaire Pierre Nkurunziza. Certes, la fatigue aidant, ces jeunes sont aussi remontés contre non seulement Pierre Nkurunziza qui ne veut pas abandonner ce 3e mandat illégal, mais aussi, contre la Police Nationale du Burundi qui continue à tirer à bout portant et à balles réelles contre les manifestants, tout en assurant la couverture de la coalition "Imbonerakure – Interahamwe". Pis encore, cette colère monte d’un cran avec ce nouveau comportement de la Force de Défense Nationale qui assiste désormais comme un simple spectateur, sans réagir, face à ces atrocités préméditées et qui n’ont d’autres visées criminelles que de relancer la guerre au Burundi. Si rien ne change, on n’est pas très loin d’un suicide de ces jeunes manifestants contre des éléments de la police nationale, avant d’entraîner dans ce valse sanglant, des militaires gouvernementaux ! Le mouvement "Halte au 3e mandat" aura donc échoué sur toute la ligne, l’Accord d’Arusha et la Constitution, définitivement enterrés dans les calendes grecques, pendant que la FDN aura donc trahi ce peuple qui paie ses impôts et ses taxes, pour nourrir, habiller, former, équiper et payer ces hommes en treillis !

Pierre Nkurunziza doit se regarder dans le miroir et plonger aussi son regard dans le rétroviseur pour voir s’il est ce même Pierre Nkurunziza haranguant des "croyants" au cours des croisades évangélistes avec des passages bibliques. Une manière de vérifier aussi s’il serait le même Pierre Nkurunziza qui a pris le chemin du maquis en septembre 1995, avec dans son for intérieur, la volonté de ramener la Démocratie et l’idée Républicaine dans la gestion de l’Etat et des Institutions burundaises? Si ce n’est plus lui à cause du sang humain qu’il continue d’engloutir chaque jour, pourquoi ne devrait-il pas prendre un repos sabbatique de cinq ans, et revenir par la grande porte en 2020?

Les manifestants veulent engager vite la vitesse supérieure et la chute imminente de Pierre Nkurunziza pourrait se faire probablement à la manière d’une opération chirurgicale sans anesthésie, inoubliable pour tous les partisans d’un troisième mandat. L’Honorable El Hadj Hussein Radjabu l’a déjà averti  : "Azotangara. None yoba yarananiye na nyina ko ariwe wenyene yarasigaye amuhanura akumva? Aragowe Imana impane"!

Par Enock Haziyo
enockhaziyo@yahoo.fr
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