La FDN doit prendre ses responsabilités
Le 01 mai 15

Près d’une semaine après le début des manifestations contre le troisième mandat du Président Pierre Nkurunziza, rien ne semble arrêter cette révolution en marche dans les rues de Bujumbura. Si rien n’est fait dans les prochaines heures pour ramener le Président Pierre Nkurunziza à la raison, le Burundi évolue vers un "bain de sang", susceptible d’embrasser les pays voisins, la RDC, le Rwanda et la Tanzanie. En effet, les positions des uns et des autres se radicalisent chaque jour. La fatigue et le manque d’équipements adéquats au niveau de la police risquent de prendre une tournure dangereuse, pendant que l’armée tente de s’interposer entre les manifestants et la police. Une "médiation" qui ne devrait pas durer très longtemps, compte tenu des difficultés corporatistes faisant que l’unité de commandement à la FDN ne tient plus que sur un fil de rasoir. La pression internationale devrait donc s’amplifier pour limiter les dégâts et éviter un nouveau génocide au Burundi, 21 ans après celui du Rwanda  !

En effet, pour la première fois au Burundi, nous assistons à une véritable révolution populaire. C’est ainsi que les jeunes hutu, tutsi et twa sont observés dans les rues de la capitale, ensemble et dans tous les quartiers, bravant sans armes, la police, en vue de défendre l’Accord d’Arusha et la Constitution ! En dépit d’au moins cinq manifestants déjà tués par des éléments de la police, ces jeunes brillent par une solidarité hors normes et un patriotisme encourageant, piliers de la reconstruction de ce pays dans les années à venir. Même s’ils parviennent à arrêter des "interahamwe" et des "imbonerakure" armés, ces jeunes manifestants ne les exécutent pas. Ils sont vites mis à la disposition de l’armée ou de la police. Une avancée significative par rapport aux exactions des manifestants des années 1994-1996.

Sur un autre tableau, le comportement de la police inquiète à plus d’un titre. Contrairement au discours officiel, la police déployée dans les rues de Bujumbura est commandée par le Lieutenant-Général Adolphe Nshimirimana. Un homme impliqué dans plusieurs crimes de ces dix dernières années, passibles de la Cour Pénale Internationale, la CPI. Lui et ses proches collaborateurs, notamment le Président Pierre Nkurunziza, les Généraux Alain-Guillaume Bunyoni, Gervais "Ndakugarika" Ndirakobuca, Prime Niyongabo, … sont les principaux architectes du 3e mandat. Ils n’hésitent même plus à défier les USA, l’ONU, l’UE, l’UA, l’EAC, … Tout en humiliant au grand jour la Force de Défense Nationale dans sa volonté manifeste de protéger la Constitution et les Accords d’Arusha !

Comme le Président Pierre Nkurunziza ne veut plus sortir de son "tour d’ivoire" et abandonner son 3e mandat, le Burundi s’emballe dans une situation dramatique, nécessitant une intervention étrangère ou une prise de pouvoir par la FDN, aujourd’hui soutenue par la population, pour mettre fin à ce calvaire n’augurant rien de rassurant. Avec une police indisciplinée et infectée par des "imbonerakure" et plusieurs "interahamwe" opérant sous les uniformes de la police, les manifestants risquent de s’armer pour se défendre contre notamment ces forces négatives, visiblement coalisées à la police nationale, ce qui risque de compliquer davantage la résolution de cette équation burundaise !

Du côté des pro-troisième mandat, tous les ingrédients pour consommer en toute quiétude un nouveau génocide sont réunis. Ainsi, ils ont déjà tenté le retrait de l’armée dans les rues de Bujumbura, particulièrement dans les quartiers hostiles au 3e mandat ! Pendant ce temps, les réseaux sociaux sont coupés, les grandes chaînes populaires n’émettent plus dans les provinces, la Radio Publique Africaine, la plus écoutée du pays, est fermée par décision gouvernementale ! Des manœuvres dilatoires considérées par la population comme une manière de préparer des grandes tueries en silence, loin de tous les témoins capables d’alerter la communauté internationale.

Le drame burundais, ce qu’il n’y a plus des formations politiques, dignes de ce nom, capables de jouer pleinement leur rôle pour défendre les acquis démocratiques, la Constitution et les Accords d’Arusha ! La plupart de nos opposants ne sont pas cohérents dans leur verbe et leur action. Ils s’affichent plutôt comme des simples demandeurs d’emplois politiques, peu crédibles aux yeux de la population. Seuls les leaders de la Société Civile semblent boucher efficacement ces trous visibles sur la scène politique burundaise.

Ce qui nous pousse à conclure que la FDN doit vite reprendre ses responsabilités en mains pour sauver le pays et sa population. Ca serait toujours paradoxale d’entendre qu’elle réalise un travail pharaonique en Somalie et en Centrafrique, alors que chez elle, elle assiste passivement à la descente aux enfers du pays, une sorte de complicité et de soumission, avec le Lt-Gnl Adolphe Nshimirimana et ses acolytes, passibles de la CPI. Peut-on continuer à sacrifier près de 10 millions de ses compatriotes à cause de six ou sept Généraux qui n’ont plus rien à perdre !

Par Enock Haziyo
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