Aucun enseignant n’a été primé par le chef d’Etat, pourtant il en valait la peine
(Source: Journal La Voix de l'Enseignement)
Le 12 juillet 14

Les sélectionneurs des personnes qui ont été décorées par le Président de la République à l’occasion du 52ème anniversaire de l’indépendance du Burundi ont carrément oublié les enseignants alors que ces derniers n’ont rien ménagé pour promouvoir le secteur de l’éducation qui a été négligé tout au long de la colonisation.

Parmi les préoccupations du Prince Louis Rwagasore au moment de l’accession à l’indépendance figurait la question de l’éducation des enfants burundais.
Cela transparaît dans son célèbre discours du lendemain de la victoire écrasante de son parti UPRONA lorsqu’il annonçait les grandes priorités de son gouvernement. Le choix du héros de l’indépendance de mettre un accent particulier sur le secteur de l’éducation était justifié par le bilan catastrophique de l’enseignement de l’administration belge.

En effet, pendant plus de cinquante de sa présence au Burundi, la Belgique n’a formé que quatre universitaires et n’a laissé aucune université et presque toutes les écoles secondaires étaient dans les mains des religieux catholiques et dans une moindre mesure dans celles des églises protestantes.

L’enseignement officiel se limitait à l’école primaire où la formation dispensait était rudimentaire. On apprenait aux jeunes burundais à lire et à écrire et après il retournait dans son milieu d’origine. Cette conception de la politique scolaire répondait d’une part à la logique paternaliste belge qui considérait l’indigène comme un être inférieur incapable de faire des études poussées et d’autre part la Belgique trouvait trop dangereux de former l’élite burundaise car elle craignait d’être chassée par cette dernière.

Ainsi, la ligne directrice était que "pas d’élite pas de problème". Albert Mauss, concepteur du programme de l’enseignement colonial belge ne disait-il pas qu’un noir connaissant le Français est un voyou qui s’estime égal au blanc, qu’un bagage intellectuel trop lourd désoriente le petit nègre et le fait mépriser ses congénères et dédaigner les humbles occupations agricoles et artisanales.

Les efforts des enseignants qui ne sont pas reconnus
Grâce à l’abnégation des enseignants burundais, le système éducatif burundais a vite progressé. Les écoles primaires, secondaires et les établissements universitaires n’ont cessé d’augmenté. Il en est de même des effectifs des apprenants dans ces différentes structures.

Les enseignants se sont dépensés, quelque fois au prix de leur vie, pour pérenniser le système éducatif. Ainsi par exemple, durant les crises de 1972 et 1993 les écoles sont restées fonctionnelles sur toute l’étendue nationale et beaucoup d’enseignants ont perdu leur vie sur le lieu de travail.
Malgré leur salaire dérisoire qui ne leur permet pas de joindre les deux bout du mois, les enseignants travaillent nuit et jour pour contribuer au progrès national.

Au moment où d’autres fonctionnaires participaient au défilé du mardi 1er juillet et à la réception offerte après, les enseignants étaient mobilisées sur le travail des bulletins. Même ceux qui ont participé au défilé n’ont pas pris part à la réception car cette dernière était réservée aux "VIP" pour reprendre le mot de l’assistant du ministre de l’enseignement de base et secondaire qu’il a lancé aux enseignants qui lui demander où ils vont se réunir après le défilé.

Le fait que le Président de la République n’a daigné décorer aucun enseignant vivant ou mort comme il l’a fait pour d’autres secteurs de la vie nationale n’a fait que renforcer la conviction des enseignants selon laquelle leur travail n’est pas à sa juste valeur.
Ils estiment que ce qu’ils font constitue la traduction en réalité de la souveraineté nationale. Mais que le chef ne reconnaît pas leurs efforts serait-il synonyme du manque de reconnaissance qu’il témoigne à ce secteur ?
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