Burundi Transparence, c'est l'actualité en continue.
Accueil                     Précedente                     Suivante                 Archives

 

 

 Actualités

Interview avec le Colonel Valentin Manirakiza
(Source: Arc En Ciel)  
 Le 02 juillet 09

"Il est vraiment grand temps de réunir toutes les forces vives pour la reconstruction de notre pays, sinon, les générations futures ne nous pardonneront jamais"

Colonel Valentin Manirakiza
Le Colonel Valentin Manirakiza est un jeune démobilisé du Cndd-Fdd, parmi les plus connus de toute la ville de Bujumbura, la capitale burundaise. Au lendemain des victoires du Cndd-Fdd aux élections générales et locales de 2005, le Colonel Valentin comme il est souvent appelé par ses amis, sera promu Conseiller Principal en matière de Sécurité, attaché au Cabinet du Président du Sénat, l’Honorable Gervais Rufyikiri. Mais vite, le Colonel Valentin entre en disgrâce, au lendemain du Congrès Extraordinaire du Cndd-Fdd, tenu à Ngozi, en février 2007. Considéré comme un Radjabiste de la première heure, il perdra ainsi son poste et se retrouva dans la rue, lui qui s’était inscrit en faux contre ce Congrès de « rupture » dans les rangs du Cndd-Fdd. Dans notre entretien, il nous explique les raisons de son adhésion à l’UPD-Zigamibanga, une force politique incontestable au Burundi, sa fidélité à l’Honorable El Hadj Hussein Radjabu et n’oublie pas de faire un clin d’œil à ses anciens compagnons de lutte, aujourd’hui démobilisés et qui pourraient être victime de la manipulation orchestrée par certains dirigeants de ce pays, avides d’un pouvoir personnel et sans partage. Ce citadin ne mâche pas ses mots et affiche un courage inhabituel pour parler de son divorce avec le Cndd-Fdd, le parti au pouvoir au Burundi.

Monsieur Valentin bonjour ! Voudriez-vous vous présenter à ceux qui ne vous connaissent pas ?
Bonjour ! Je réponds au nom de Valentin Manirakiza et les gens m’appellent communément Colonel Valentin, parce que c’est le grade que j’avais dans le maquis, au sein du mouvement Cndd-Fdd. Je me suis engagé pour combattre dans les rangs des FDD en 1994. A cette époque, le mouvement était encore jeune.
Si ma mémoire est bonne, le noyau principal était composé par le Colonel Jean-Bosco Ndayikengurukiye (Chef d’Etat Major), le Major Laurent Kabura (Chargé du personnel, G1) le Major Prime Ngowenubusa (Chargé des Renseignements, G2), le Colonel Antoine Harushimana alias Mbawa (Chargé des Opérations, G3), le Major Melchiade Ngurube (Chargé de la logistique, G4), et Hussein Radjabu qui était le Commissaire chargé de la Mobilisation et de la Propagande.
Quand nous sommes arrivés officiellement à Bujumbura, après la victoire de 2005, j’ai été affecté au Sénat comme Conseiller Principal chargé de la sécurité. Il a fallu le Congrès illégal de Ngozi auquel je n’ai pas participé, pour être dégommé sans autre forme de procès.

Etes-vous toujours membre du Cndd-Fdd ?
Depuis le Congrès Extraordinaire de Ngozi, tous ceux qui se sont inscrits en faux contre lui, y compris moi-même, se sont vus harcelés et remerciés dans leurs fonctions D’autres seront tout simplement emprisonnés. Comme je ne pouvais pas marcher contre la raison qui m’a poussée à prendre les armes, je me suis retrouvé un bon matin dans la rue, sans travail et il a fallu une semaine pour avoir une lettre sans aucun fondement légal dont l’objet était le renvoi tout court. Dès lors, j’ai compris que l’idéologie du Cndd-Fdd avait changé et que je n’avais plus de place dans ce nouveau courant. Franchement, j’ignorais et j’ignore toujours les tenants et les aboutissants de ce courant.

Qu’est-ce que vous êtes devenu après avoir quitté le parti pour lequel vous avez combattu et risqué pendant toute une décennie votre vie ?
Je suis content d’avoir quitté à temps ce parti qui n’est plus reconnaissant. Quand les gens se sont levés pour dire non aux résolutions du Congrès illégal de Ngozi, ils étaient incompris. Aujourd’hui, le temps nous a donné raison. Je suis parmi ces derniers et vous constatez avec moi que l’histoire nous a donné totalement raison. Aujourd’hui, je suis membre à part entière du parti Upd-Zigamibanga. Je le déclare publiquement pour qu’il n’y ait plus de doute sur ma personne. Voilà ma position politique et j’en suis très fier.

Pourquoi avez-vous préféré l’Upd-Zigamibanga, au lieu d’un autre parti politique ?
Comme vous le savez déjà, l’Upd-Zigamibanga est l’Union pour la Paix et le Développement. Les membres de ce parti s’entraident mutuellement. Dans ses rangs, il n’y a aucune sorte d’exclusion. J’ai adhéré à ce parti à cause de son idéologie basée sur la Dignité, la Justice et la Démocratie. Ce parti avait des bonnes relations avec le Cndd-Fdd de l’époque. Il s’est même allié à lui lors des élections de 2005. Les valeurs qu’il prône manquent cruellement au Burundi actuellement.
C’est avec réel plaisir et une grande satisfaction que je me retrouve dans un parti dont la grande famille de ses membres s’élargisse chaque jour, par une adhésion massive des gens venus de tous les horizons, ethniques, politiques, sociales et religieuses. Ce phénomène me donne courage et je peux dire sans risque de me tromper que l’Upd-Zigamibanga est la seule alternative aux burundais qui veulent la Paix, le Développement, le Respect de la Loi et un avenir meilleur pour toutes les filles et tous les fils de ce beau pays qu’est le Burundi, notre cadeau divin. Ce parti est la seule issue pour sortir le Burundi de l’impasse dans laquelle il est plongé aujourd’hui.

Depuis que vous êtes au chômage, après votre bref passage au Sénat, comment occupez-vous votre temps ? Avez-vous une adresse professionnelle connue ? Comment gagnez-vous votre pain quotidien ?
Je m’occupe des activités de mon parti, l’Upd-Zigamibanga, comme je le faisais au Cndd-Fdd avant le fameux Congrès illégal de Ngozi. Je suis à l’aise pour la simple raison que j’y ai trouvée mes anciens compagnons de lutte qui se sont également inscrits en faux contre ce Congrès de la trahison et de la rupture.
Quant au pain quotidien, je vous ai déjà dit que les membres de notre parti brillent par une solidarité extraordinaire. Ils s’entraident mutuellement. Aussi, certains de mes compagnons de lutte qui sont restés reconnaissant et qui n’ont pas été limogés comme moi, ne cessent de m’aider pour subvenir à mes besoins.

Selon une opinion très répandue à Bujumbura et dans tout le pays, le Colonel Valentin Manirakiza est taxé de pro-Radjabu. Est-ce vrai ? Comment jugez-vous cet homme ?
L’Honorable El Hadj Hussein Radjabu est une figure emblématique dans la politique nationale et sous-régionale. C’est un homme très intègre, courageux et leader charismatique. Nous qui avons eu la chance de le côtoyer depuis le maquis, nous nous en félicitons beaucoup. Même son Excellence le Président de la République l’a dit plus d’une fois aux congressistes de Bururi, ainsi que ceux de Ngozi, même si ce dernier a accouché la destitution de cette Haute personnalité politique et stratège incontesté du Cndd-Fdd, depuis sa création en 1994, jusqu’au Congrès Extraordinaire de Ngozi, tenu en Février 2007.
Sa capacité d’organisation, son patriotisme incorruptible, son esprit social, son carnet d’adresses, … ont fait du Cndd-Fdd, un champion incontournable en 2005. C’est grâce à lui que les gens ont placé confiance dans ce parti et nous regrettons profondément le sort que certains de ses compagnons de lutte réserve à lui et à ses milliers de partisans, uniquement pour des raisons politiciennes. En tout cas, il ne mérite pas de croupir injustement à Mpimba, et c’est dommage que je qualifie cet état de chose de l’ingratitude. L’Honorable El Hadj Hussein Radjabu est membre fondateur du mouvement Cndd-Fdd et il a présidé toutes les négociations au sein de ce mouvement, jusqu’à la signature de l’Accord Global de Cessez-le-feu, le dimanche 16 Novembre 2003, à Dar es Salam, en Tanzanie. Même ceux qui sont restés au Cndd-Fdd reconnaissent en lui les qualités d’un vrai LEADER, malgré eux. L’Honorable El Hadj Hussein Radjabu est un politicien chevronné, un visionnaire reconnu et un bon éclaireur. Bref, c’est l’homme qu’il faut dans les moments difficiles et ceux qui ont combattu avec lui ne me démentiront pas. Dire que je suis son adepte, c’est un honneur pour moi, surtout qu’il ne m’a jamais déçu.

Des actes d’intimidation à l’endroit de paisibles citoyens sont faits par des démobilisés dans certains coins du pays, notamment dans les provinces de Makamba et Kirundo, pour ne citer que les cas les plus connus. Quels sont vos commentaires et que conseillez-vous à ces démobilisés, vos anciens compagnons de lutte ?
C’est vraiment déshonorant d’apprendre que ces actes d’intimidations sont l’œuvre des démobilisés. Aujourd’hui, les gens doivent comprendre que les temps sont révolus. La guerre des armes n’est plus la recette du moment, en ce sens que la majorité de burundais en ont marre. Seule la guerre des idées devrait occuper le terrain. Et quand ces dernières se butent, c’est la lumière qui jaillit. Voilà ce qu’aspirent nos compatriotes fatigués par la guerre des armes, où il n’y a ni vainqueur ni vaincu, lorsqu’il s’agit d’une guerre civile, comme celle qui a endeuillé profondément notre pays, pendant pratiquement une douzaine d’années.
Comme conseil, je dirais à mes anciens compagnons de lutte de changer de look, de jouer le vrai politique et de ne plus être manipulé par ceux qui veulent user de la terreur comme moyen de gouverner ce pays. Qu’ils disent NON à la violence et à l’intimidation. Qu’ils se rappellent le sort réservé aux jeunes manipulés par le régime en place au Burundi, durant les années 1994 et 1995. Aujourd’hui, 15 ans après, ces jeunes laissés à eux-mêmes, dans la misère et la désolation, ne peuvent plus accepter d’être dupe et manipulable par des politiciens avides d’un pouvoir personnel et n’hésitant pas à régner sur une terre brûlée, pourquoi pas sur des cimetières et des fosses communes, simplement pour satisfaire leurs intérêts sectaires et égoïstes. Il est vraiment grand temps de réunir toutes les forces vives pour la construction de notre pays et enterrer définitivement sa destruction ; sinon, les générations futures ne nous pardonneront jamais.

Un message aux autorités qui dirigent le Burundi aujourd’hui ?
Aux autorités actuelles, je leur dirais que la politique peut être une bonne mission, d’après la manière dont elle est exercée, dans l’intérêt de la Cité. Avec l’arrivée du courant démocratique, seul l’intérêt général prime sur le reste. On ne gouverne pas pour ses intérêts sectaires. Le pouvoir on l’acquiert par les urnes et c’est pour cette raison qu’il émane du peuple et qu’on doit l’exercer par le peuple et pour le peuple.
En peu de mots, on devient serviteur du peuple et non l’inverse. En gouvernant, on doit garder à l’esprit que tôt ou tard, qu’on le veuille ou non, on devra rendre compte au peuple qui, au bout du compte, devra faire son jugement. Que nos autorités se rappellent du conte de "la fourmi et l’éléphant". Le peuple joue l’éléphant, tandis que les dirigeants sont confondus à la fourmi, disait notre leader, l’Honorable El Hadj Hussein Radjabu. Il n’est jamais tard de redorer son image. Que nos autorités se rappellent des adages qui disent que : "Mieux vaut tard que jamais" et "Tout est bien qui finit bien".

Propos recueillis par Thierry Ndayishimiye