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Les spéculations non contrôlées causent des flambées des prix au Burundi
(Source: Ligue Iteka)  
 Le 17 février 11

La méconnaissance de la nouvelle tarification de l'OBR par les usagers, la difficulté du consommateur de pouvoir identifier où inventorier de manière régulière les assujettis, le manque d'équipements suffisants dans certains postes douaniers qui constitue un obstacle technique au commerce, l'absence de contrôle et régulation des prix sous prétexte de libération du commerce, trop de prélèvements de l'Etat sur le prix du litre de carburant (près de 540 Frs bu/litre, soit 28 %), les spéculations des commerçants et l'absence d'une production nationale suffisante due au déficit dans l'encadrement agricole telles sont certaines des principales causes de la flambée de prix des produits de base au Burundi.

Nous sommes jeudi le 10 février 2011, la troisième édition de tribune des droits humains ouvre la porte à des partenaires du secteur commercial au Burundi.

Noël Nkurunziza,un représentant d'une organisation des consommateurs burundais ABUCO a ouvert le débat.

Il a déploré la montée incontrôlée des prix des produits de base, dont certains, selon lui, interprètent comme étant une des conséquences de l'entrée du Burundi dans la Communauté de l'Est africaine tandis que d'autres disent que c'est l'OBR qui est responsable de l'aggravation de la situation sur le marché.

Il pointe du doigt la spéculation de certains commerçants qui, profitant de l'absence de régulation des prix, vendent leurs produits à des prix exorbitants pour obtenir des gains ou des bénéfices au-delà de ceux acceptés par la réglementation du commerce burundais.

D'après le présentateur, les prix ne cessent de monter au Burundi. A titre simplement illustratif, il cite le prix du pain qui vient d'augmenter à moins de deux mois de 15 % avec pour motif principal la tarification de la farine qui a augmenté de 35 % et de l'augmentation du carburant qui vient de connaître deux hausses depuis le début de cette année 2011.

Les produits Brarudi ont augmenté entre 10 à 13 % dans moins de deux mois au moment où, selon lui, le prix de ces produits est considéré au Burundi comme un étalon monétaire.

Selon certaines sources, indique Noël Nkurunziza, le prix d'un sac de ciment augmente de 7 à 20 dollars entre le prix de départ usine et celui des consommateurs burundais.

Il cite également le prix du sucre local produit par la SOSUMO qui connaîtrait une augmentation de l'ordre de 20% par rapport à son prix officiel.

Pour le carburant qui contribue à 100% dans l'augmentation des autres prix, son prix à la pompe vient d'augmenter de près de 15 % dans une période très courte avec un prélèvement d'impôt et taxes allant jusqu'à peu près 30 % par rapport au prix actuel du litre d'essence.

Il dénonce également la hausse de la tarification des assurances qui se sont constituées, selon lui, en un Cartel en harmonisant et en augmentant les tarifs, violant ainsi toute réglementation tant nationale qu'internationale en matière de commerce, faisant ainsi également fi des principes directeurs des Nations Unies qui garantissent la liberté de choix au consommateur.

Le Directeur général du commerce qui avait représenté son Ministère s'est étonné des dénonciations faites par le représentant de l'ABUCO qui, selon lui est membre de la Commission multisectorielle qui valide la structure du prix du carburant.

Il fait un constat selon lequel le pays connaît une stabilité des prix au marché et que l'Etat ne peut pas se mêler chaque fois dans les fluctuations des prix qui dépendent de la loi de l'offre et de la demande. En plus, fait-il remarquer, ce n'est pas le Ministère du commerce qui fixe tous les prix, il y a des prix libéralisés, selon lui.

Il donne l'exemple des prix des produits de la BRARUDI et du sucre de la SOSUMO qui sont fixés par les Conseils d' Administration de ces deux Entreprises.

Pour ce dernier produit, l'intervenant dit que l'analyse des stocks faite par le Ministère montre qu'il ne peut plus y avoir de pénurie car des mesures ont été prises pour réprimer la fabrication de bières prohibées qui consommaient de grandes quantités de sucre et qui étaient ainsi à la base des pénuries observées dans le passé.

L'augmentation du prix du sucre est due aux coûts de transport et de la manutention et à l'achat des sachets et pour lui, cette marge est tolérable.

Pour les représentants du Ministère chargé des affaires de la Communauté Est africaine, le phénomène de flambée des prix au Burundi est du aux problèmes internes et non à l'intégration du pays dans l'EAC comme certains veulent le faire entendre.

Au contraire, considèrent-ils, l'adhésion à l'EAC est une solution à l'enclavement du pays par rapport à son accès à la Mer, facilite la libre circulation des marchandises et l'accès au corridor nord. L'amalgame et la confusion entretenues autour de cette politique d'intégration dans l'EAC vient du fait que celle-ci n'est pas bien comprise.

Selon eux, les solutions face à la montée des prix au Burundi sont internes et doivent être trouvées à travers le dialogue et la concertation entre différents partenaires. Il faut lutter contre l'impunité, les spéculations et la corruption qui gangrènent le secteur du commerce disent-ils.

Ils se demandent pourquoi l'Entreprise BRARUDI est demeurée pendant plus de quarante ans la seule industrie de la bière au Burundi au moment où la réglementation en vigueur met en avant une politique libérale de l'économie.

Ils recommandent par conséquent l'ouverture ou la libéralisation de ce secteur qui permettra la création des emplois pour les jeunes chômeurs. Il faut laisser les gens d'y investir en vue de casser le monopole à l'origine de multiples spéculations dans le secteur.

Ils dénoncent la sur taxation, la spéculation et la corruption autour d'un produit aussi stratégique, dans l'économie de tout pays, qu'est le carburant.

Il est vrai que les taxes ont des missions publiques nobles mais il ne faut pas oublier que trop d'impôts tuent l'économie, ont affirmé les participants à la tribune.

Ils constatent que le Ministère du commerce ne parvient pas à réguler le prix de 450 Frs officiellement connu pour les limonades. Presque partout dans les bars, restaurants et kiosques de commerce, le prix d'une bouteille de limonade varie selon les endroits et aucun ne vend actuellement à moins de 500Frs la bouteille.

Les commerçants s'associent pour spéculer : gagner vite et beaucoup ; tandis que le Ministère laisse faire et assiste impuissamment, regrettent les participants.

Au-delà de 30 % de bénéfices conformément à la réglementation en vigueur, les spéculateurs devraient être sanctionnés, recommandent les participants et comme ça le Ministère du commerce sera entrain de protéger le consommateur burundais laissé à lui-même et qui semble désarmé devant une situation du marché intenable.

La question du prix d'un sac de ciment fabriqué dans la cimenterie de la province de Cibitoke a fait aussi objet de débat, en comparaison avec le produit importé de la Tanzanie.

Les participants trouvent anormal que les deux produits s'achètent presqu'à un même prix au moment où les distances entre ces deux endroits sont incomparables. En effet, le prix du produit qui provient de la Tanzanie coûte 22 000 Frs au moment où celui de Cibitoke coute 20 000Frs.

Ils dénoncent des spéculations autour de ce produit qui ne coûterait que 4 dollars dans l'usine en Tanzanie.

Concernant les assurances au Burundi, une agence de régulation a été mise en place et a jusqu'au 17 février 2011 pour se prononcer officiellement sur la mesure de "tarifs harmonisé" décidé unilatéralement par l'Association des Assureurs du Burundi (ASSUR) et qualifiée de "spéculation" et de "violation de la loi de concurrence dans une économie libéralisée".

Les participants ont rappelé une exigence politique d'antan qui interdisait aux représentants des pouvoirs publics de s'impliquer personnellement dans des affaires commerciales en vue de mieux contrôler ce secteur sensible.

Ils regrettent que cette bonne exigence politique ne soit plus une réalité et que cela explique d'ailleurs en partie certaines hausses incontrôlées de certains produits stratégiques au Marché.

Ils recommandent l'instauration de cette bonne exigence politique qui devrait par ailleurs être couverte par le nouveau code de commerce.

La spéculation est également présente dans la fixation du prix du loyer qui se fait sans aucune réglementation. Les commissionnaires ont pris la place de "régulateurs" et "fixent" le prix du loyer comme ils l'entendent pourvu qu'ils augmentent leurs commissions qu'ils estiment aujourd'hui à 50 % ou à 100% par rapport au prix mensuel du loyer.