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Les partis se disputent leurs effigies
(Source: Iwacu Burundi)
Le 09 mars 10
Le parti MRC s'adresse à la CENI pour contester la présence des effigies des héros nationaux sur les cartes de vote de certains partis politiques. L'UPRONA et le FRODEBU trouvent ces allégations sans fondement. La CENI va trancher.
A la veille des élections, c'est une nouvelle polémique qui se profile. La paternité des effigies des héros nationaux. C'est le MRC qui sonne la charge. "Les héros nationaux ne peuvent pas être instrumentalisés à des fins politiques". Juvénal Ngorwanubusa, porte-parole du MRC s'oppose ainsi aux partis qui mettent les photos des héros nationaux sur leurs insignes de vote.
D'après lui, il y a des Burundais qui n'appartiennent à aucun parti politique, mais qui aiment ces héros sans toutefois adhérer aux idéaux des partis qui les arborent. Selon M. Ngorwanubusa, une telle situation met en cause l'équité et l'égalité des chances. Il s'explique: " Notre population, très sensible à des l'aura personnalités, rechigne de jeter la photo d'un héros national dans l'urne noire. Elle vote donc contre sa conscience."
En outre, ajoute-t-il, les héros nationaux n'appartiennent pas à des partis, mais à tous les Burundais, qu'ils en soient membres ou non. Pour lui, tout parti peut trouver dans son projet de société des points pouvant justifier sa proximité avec un héros national. Aussi, poursuit-il, une des particularités du Prince Louis Rwagasore, c'était la création des coopératives. "Vu sous cet angle, le MRC Rurenzangemero est le disciple de Rwagasore puisque nous avons créé une société de solidarité citoyenne pour appuyer les coopératives à travers le pays", souligne M. Ngorwanubusa. Le porte-parole du MRC dit que c'est un clin d'oil que son parti a fait à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) pour qu'elle soit vigilante et qu'elle permette une compétition loyale entre les formations politiques. Nous pensons, précise-t-il, que dans sa sagesse, la CENI va tenir compte de nos revendications.
Au cas contraire, M. Ngorwanubusa affirme que son parti ne va pas désarmer: "Nous n'allons pas baisser les bras. Nous continuerons notre lutte, sans doute soutenus par d'autres partis, parce que ce que nous disons est légitime."
"L'identité de l'Uprona est liée au Prince Louis Rwagasore"
D'après Bonaventure Niyoyankana, président du parti Uprona, tout ce que le héros a fait, c'était au nom du parti. "Le programme politique, le projet de société de l'Uprona dont il est fondateur ont été son cheval de bataille", ajoute M. Niyoyankana. Si le Prince est héros national, poursuit-il, c'est d'abord l'honneur au parti Uprona: "Le Prince Louis Rwagasore est lié indéfiniment au parti Uprona."
M. Niyoyankana précise que les insignes déposés par son parti en 1993 et en 2005 ne vont jamais changer: "ça devra rester comme cela jusqu'à la fin des temps. On ne peut pas réécrire l'histoire du parti Uprona." Il ajoute que la CENI actuelle ne peut pas s'y opposer.
Le président de l'Uprona dit qu'il ne comprend pas la position du MRC:" Je me demande pourquoi c'est maintenant que le MRC se réveille pour constater que sur la carte de vote du parti Uprona figure la photo du héros de l'Indépendance. "C'est dommage, poursuit-il, puisqu'il conteste l'incontestable."
D'après lui, le MRC est en train de chercher la sympathie du parti au pouvoir. Il ajoute que le MRC devrait se ressaisir pour mettre en avant son projet de société au lieu de s'attaquer aux autres partis. Pour Niyoyankana, ce parti cherche à les diaboliser: "Je suis sûr qu'ils vont user de tous les moyens pour essayer de diaboliser l'Uprona comme ils aiment le faire.
Mais, affirme-t-il, ils ne seront pas capables de décourager l'électorat de l'uprona."
"Il y figure comme président fondateur"
Léonce Ngendakumana, président du Front pour la Démocratie au Burundi (FRODEBU), considère que les arguments du MRC ne sont pas fondés. Selon lui, même si tous les partis mettaient un même héros national sur leurs cartes de vote, cela n'empêcherait qu'il y ait un gagnant et un perdant. D'après M. Ngendakumana, l'effigie de Ndadaye Melchior figure sur les insignes du FRODEBU non pas comme héros, mais son président fondateur. Pour lui, ces insignes ont été utilisés lors des élections de 1993 et 2005. "Ce dossier ne devrait pas soulever des polémiques", souligne-t-il. En plus, précise le président du FRODEBU, il n' y a pas de loi qui empêche un parti de mettre l'effigie d'un héros national sur ses insignes. Selon lui, si tous les 44 partis agréés pouvaient mettre le héros de la démocratie sur leurs cartes de vote, ce serait un grand honneur pour le FRODEBU.
"L'analyse va suivre incessamment"
Pierre Claver Ndayicariye, président de la CENI affirme que 31 partis politiques ont envoyé leurs insignes à la commission. Dans une rencontre tenue ce vendredi 26 février avec les représentants des formations politiques, M. Ndayicariye a précisé que seuls les partis qui ont déposé des insignes vont participer aux élections. D'après lui, cette réunion avait pour objet de communiquer les résultats du dépouillement des insignes envoyés par les différents partis. Quant à l'analyse, le président de la CENI souligne qu'elle va suivre incessamment : "La Commission va bientôt inviter les partis politiques pour les informer de la décision à propos des insignes électoraux qu'ils ont déposés." Il s'est gardé de se prononcer avant la tenue de cette rencontre. Mais des sources fiables précisent que la position de la CENI est qu'un héros national fait partie du patrimoine de toute la Nation.
Pour fragiliser leurs adversaires politiques ou se maintenir au pouvoir, les différents régimes qui se sont succédés depuis les élections démocratiques de 1993 ont toujours divisé les partis politiques. On a parlé des ailes. Un phénomène nouveau: des partis Nyakuri (véritables), Iragi rya. (Héritage de.) se greffent à leurs partis d'origine. Ces nouvelles formations ont gardé les insignes de départ. Il se peut que ces ailes se soient précipité à déposer les premières leurs cartes de vote à la CENI.
Or, le Code électoral est clair. D'après ce dernier, si deux partis déposent les mêmes insignes, on retiendra celui qui a été le premier à les déposer.
A supposer que le FNL Iragi rya Gahutu a les mêmes insignes que le FNL d'Agathon Rwasa. Si le premier a devancé le second pour déposer ses cartes de vote, la CENI va-t-elle sanctionner le parti de Rwasa? Et comment va-t-elle après gérer cette situation? Si réellement elle reste intransigeante à propos des effigies des héros nationaux sur les insignes des partis politiques, pourra-t-elle par exemple frapper l'Uprona qui a toujours utilisé les mêmes symboles? La question des insignes électoraux risque de soulever des polémiques.
Ecrit par Léandre Sikuyavuga
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