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 Actualités

L'inflation mine l'économie burundaise
(Source: Journal IWACU)  
 Le 12 avril 10

L'augmentation exponentielle des prix des biens de première nécessité et des services constitue l'origine de l'inflation. Celle-ci entraîne la baisse du pouvoir d'achat de la population et l'érosion de la monnaie burundaise. Les journalistes du Pool PACAM se sont intéressés à ce problème.

Les prix montent tellement vite au Burundi que toutes les personnes interrogées affirment qu'elles ont instauré un système de gong unique, c'est à dire un seul repas unique dans la journée, parce qu'elles ne peuvent plus se procurer de la nourriture trois fois par jour. Les économistes que les journalistes du Pool PACAM ont interrogés sont unanimes pour dire que la solution pour lutter contre l'inflation consiste à augmenter la production des biens et des services. Il n'est pas normal, selon l'ancien ministre des finances, et actuel président du Conseil Economique et Social, Gerard Nibigira, que tous les burundais veuillent faire de la politique au lieu de se tourner vers l'augmentation de la production.

La population rencontrée en mairie de Bujumbura estime que la vie devient de plus en plus impossible et que si rien fait, beaucoup de gens risquent même de fuir le pays pour aller chercher des lendemains meilleurs à l'extérieur. "Nous nous approchons de la situation de la situation du Zaïre, sous le règne de Mobutu, où on n'achetait rien avec un sac plein d'argent!" souligne un fonctionnaire rencontré près du marché de Bujumbura.

Pour d'autres interlocuteurs, les prix ne cessent de monter, surtout ceux des produits importés. L'agriculteur est ainsi obligé de monter les prix des produits agricoles afin de qu'il puisse se procurer les biens importés. A titre d'exemple, le prix du riz oscille actuellement entre 1300 et 1400 francs burundais (BIF). Alors que le même kilo coûtait 500 BIF il y a seulement quelques années.

"Les salaires des fonctionnaires n'ont pas beaucoup augmenté. La vie est vraiment dure. Or le développement économique commence par la satisfaction des besoins de base, notamment l'alimentation. Ce qui n'est plus le cas chez nous" a indiqué un interlocuteur. Quant aux jeunes, continue-t-il, ils sont particulièrement frappés par le chômage puisque les entreprises ferment les unes après les autres quand elles ne sont pas privatisées. Du reste, souligne un autre interlocuteur, il faut corrompre pour avoir du travail. Parfois même, continue-t-il, il faut prouver qu'on appartient au parti au pouvoir. "Nous demandons aux pouvoirs publics de rectifier le tir et de prendre en compte les intérêts du bas peuple" clame-t-il.

Une situation de plus en plus insupportable.
Les spécialistes sont formels, l'augmentation du prix des intrants agricoles et la dépréciation de la monnaie influent négativement sur les prix des denrées alimentaires. Les journalistes du réseau PACAM ont interrogé la direction générale de la SRDI (Société Régionale de Développement de l'Imbo) pour connaitre les raisons principales qui expliquent la hausse des prix du riz notamment. "Le prix du riz a augmenté proportionnellement à l'augmentation des prix des produits que nous utilisons" indique Astère Bizimana, Conseiller attaché à la direction générale. En effet, selon lui, le prix du kilo de riz brut a doublé entre 2001 et 2009, en passant de 250 FBu à 585: "La raison majeure de ces variations est l'engrais chimique que nous importons. S'il y a dépréciation de la monnaie burundaise, le prix de l'engrais augmente et le prix du riz monte aussi" précise Astère Bizimana.

Il précise qu'en 2001, la SRDI utilisait de l'engrais coûtant 55 860 FBu par hectare. Ce prix est passé à 645 000 FBu en 2008. "Pour le riz prêt à consommer, il est de 418 FBu le kg en 2000 à 900 FBu en 2009. Autrement dit, le prix a presque doublé depuis l'an 2000" souligne Astère Bizimana. Il a ajouté que la flambée des prix au niveau mondial a elle aussi eu un impact sur le prix du riz: « les prix de tous les produits ont augmenté et les ouvriers agricoles engagés dans les champs ont exigé d'être mieux payés." Ainsi, pour récupérer cet argent, le cultivateur augmente-t-il le prix du kilo de riz, rapporte M. Bizimana.

Les cause fondamentales de l'inflation
Selon l'économiste Prime Nyamoya le phénomène économique de l'inflation se traduit par une hausse généralisée des prix des biens et des services: "par exemple, la hausse de la bière de base fabriquée localement affecte l'indice des prix à la consommation parce qu'elle affecte une grande partie des consommateurs burundais." Pour autant, souligne-t-il toute hausse des prix n'est pas forcément inflationniste: "par exemple, la hausse du prix d'une bière prétendue de luxe et importée n'affecte pas les consommateurs burundais." La première cause fondamentale de l'inflation, indique Prime Nyamoya, réside dans une forte demande globale. En guise d'exemple, continue-t-il, la hausse des prix et de la production du café dans l'économie burundaise peut provoquer une demande des biens et des services à cause de l'augmentation du pouvoir d'achat de la population.

Pour cet économiste, la deuxième cause fondamentale de l'inflation réside dans l'insuffisance de l'offre: "un exemple frappant concerne la production vivrière qui baisse quand il existe une demande forte." Selon M. Nyamoya, une troisième cause fondamentale non moins importante consiste dans la création de la monnaie par l'Etat afin de combler les déficits budgétaires. "A ces causes principales de l'inflation au Burundi, précise-t-il, il convient d'ajouter les chocs pétroliers qui perturbent directement l'indice des prix à la consommation, du prix du litre à la pompe aux biens et services, en passant par le coût des transports."

L'inflation a d'autres origines
Selon Gérard Nibigira, ancien ministre des finances et actuel président du Conseil économique et social, l'autre cause de l'inflation réside dans la corruption et les malversations économiques qui s'accentuent dans le pays: "Quand un commerçant corrompt un douanier pour faire entrer ses marchandises, celui-ci doit compenser cette perte en augmentant les prix."
Par ailleurs, continue M. Nibigira, les dépenses énormes et au-dessus des moyens dont disposent les ménages burundais constituent aussi une pratique inflationniste qu'on peut observer actuellement. "Des parents qui n'hésitent pas à contracter des crédits afin d'organiser des fêtes pour leurs enfants qui terminent la sixième primaire ou l'école secondaire participent aussi à la spirale inflationniste de l'économie." souligne-t-il.

Les conséquences de l'inflation sont énormes, déclare Gérard Nibigira: Ce sont les salaires à revenu fixe qui en font les frais puisque leur pouvoir d'achat est diminué. Pour illustrer le phénomène de l'érosion de la monnaie, ajoute-t-il, un haut fonctionnaire qui gagnait 10.000 francs 1962 devrait gagner aujourd'hui 1.000.000 de francs pour maintenir tout juste son pouvoir d'achat.
"L'inflation décourage aussi la production industrielle et ses services dans un contexte de marché déprimé. Les banques ont, de ce fait, tendance à monter les taux d'intérêt pour compenser la perte de revenus, alors que les taux d'intérêt élevés découragent l'investissement" conclut M. Nibigira.

A qui profite l'inflation et comment l'éradiquer?
"Elle est essentiellement bénéfique aux personnes qui détiennent des dettes non indexées, soit l'Etat, soit d'autres créanciers privés", indique Prime Nyamoya. Ainsi, ajoute-t-il, une personne a constaté une dette de 5 millions de FBu en 1980 pour la rembourser en 1995. Dans l'entre temps, poursuit M. Nyamoya, si la personne percevait des revenus en dollars, elle a gagné dans l'opération en payant des mensualités en francs burundais: "Le cours du BIF par rapport au dollar, de 1980 à 1995, s'est considérablement déprécié en effet. L'emprunteur bénéficie ainsi de l'inflation qui réduit sa dette en termes réels", souligne Prime Nyamoya. Pour cet économiste, c'est surtout l'Etat burundais qui est responsable de l'inflation. Il comble les déficits budgétaires par des emprunts obligataires auprès de la Banque Centrale ou par création monétaire: "pour payer, par exemple, le coût de la guerre civile de 1993-2005 qui a occasionné des dépenses militaires élevées."

Pour éradiquer l'inflation du Burundi, a-t-il poursuivi, il faudrait diminuer les dépenses non essentielles de l'Etat ainsi que les impôts. Il faudrait surtout encourager la production agricole et améliorer le climat des affaires pour les investissements. Il faut aussi, selon Jean de Dieu Mutabazi, président du RADEBU, diversifier les produits et les cultures d'exportation capables de rapporter des devises fortes. Cependant, a-t-il indiqué, tout cela doit être coiffé par la bonne gouvernance. Enfin, le président du Conseil économique et Social, M. Gérard Nibigira, propose aussi la réduction des dettes de l'Etat envers la Banque Centrale afin qu'elle puisse octroyer des crédits aux autres banques. Ces dernières auraient ainsi la possibilité d'octroyer des crédits à un taux d'intérêt raisonnables: "Les gens devraient s'asseoir et réfléchir sur les moyens d'augmenter la production. Malheureusement tout le monde veut courir vers la politique au lieu de se tourner vers l'augmentation de la production des biens et des services" remarque M. Nibigira.

Edouard Madirisha
Pool PACAM