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Par crainte des autorités, la population s'écarte de la société civile
(Source: Syfia Grands Lacs)
Le 05 juin 12
Les Burundais, surtout dans les provinces, ont de plus en plus peur de suivre les organisations de la société civile. Ils craignent d'être étiquetés comme opposants par certaines autorités. Pourtant, l'objectif de ces associations est avant tout d'aider la population à faire respecter ses droits.
"Ils n'aiment en aucun cas le pouvoir en place. On ne peut plus les suivre", estime un paysan de la commune Mwumba, en province de Ngozi au nord du Burundi. Pourtant, s'interroge un enseignant de la même région, auparavant, d'anciens membres de la société civile avaient décroché des postes politiques. Pourquoi pas aujourd'hui ? Selon le représentant de la ligue Iteka, la Ligue burundaise des droits de l'homme, dans cette même province, les gens qui viennent les voir sont de moins en moins nombreux, alors qu'il y a deux ans, ils faisaient la file pour venir demander des conseils juridiques. Aujourd'hui, ils ont peur d'avoir recours à ces associations. "Quand je dois venir demander conseil ici à l'Aprodeh (Association pour la protection des personnes détenues et des droits humains) comme vous me voyez ici, je quitte clandestinement la maison. Il ne faut que le chef de ma colline sache l'objectif de mon voyage, ni ma destination ! Sinon je serais malmené", précise un homme rencontré au bureau de cette association à Ngozi.
Utiles, mais mal vues du pouvoir
En fait, depuis la fin des élections en 2010, la société civile se voit qualifiée de faire partie de l'opposition au gouvernement et les Burundais ont de plus en plus peur de la suivre, même quand elle a raison de se mobiliser. En effet, depuis cette période, les assassinats liés à l'appartenance politique se sont multipliés, ainsi que les malversations qui restent impunies et toujours dénoncées par ces organisations. Selon le dernier rapport de l'Aprodeh publié au premier trimestre 2012 et rejeté par le gouvernement, plus de 400 personnes ont été maltraitées en 2011 par les autorités, plus de 100 sont mortes et 50 d'entre elles l'ont été à cause de leur appartenance politique.
Pour le porte-parole du gouvernement, Philippe Nzobonariba, la société civile travaille avec l'opposition pour salir le pouvoir. Selon lui, ils veulent tous décrédibiliser le gouvernement pour le détruire et les associations qui se prétendent des droits de l'homme font des rapports mensongers pour plaire aux bailleurs, afin de décrocher des financements. Début mai; lors de la sortie du rapport d'Human rights watch (HRW), "Tu n'auras pas la paix tant que tu vivras : L'escalade de la violence politique au Burundi", Philippe Nzobonariba a accusé, à la radio nationale, HRW de vouloir "ternir l'image du Burundi" et ce, "à travers ses agents sur place, notamment les partis politiques de l'opposition, certaines associations de la société civile ainsi que certains médias locaux qui sont les véritables rédacteurs des rapports sur lesquels l'ONG ne fait qu'apposer sa signature comme couverture".
Le message est clair, pourtant, ces organisations semblent très utiles au peuple. C'est ainsi que, poussé par la société civile, le président de la République Pierre Nkurunziza a fait baisser, depuis le 15 mai, les prix des principaux produits alimentaires tant importés que locaux devenus exorbitants pour les Burundais. Ailleurs, certaines ONG aident les habitants à saisir les institutions juridiques lorsque des autorités les malmènent. Pour éviter les problèmes, la société civile est quelquefois obligée d'organiser ses activités dans une sorte de clandestinité, sans en parler ouvertement aux médias.
Franche collaboration
"Ce qu'ont de commun nos associations avec l'opposition est de protéger la population contre les abus de n'importe quel pouvoir, ce que ferait tout homme ou tout gouvernement loyal. Et nous le faisons sans aucune connivence avec l'opposition. On l'a fait, on le fait et on le fera pour tous les régimes", souligne Pacifique Nininahazwe, président de FORSC (Forum pour le renforcement de la société civile). Quant à Mbonimpa P.C, président de l'Aprodeh, il estime que les ONG travaillent en franche collaboration avec le gouvernement et la justice : "Avant de transmettre nos rapports à l'étranger, nous les faisons d'abord parvenir au gouvernement. Si nous étions des opposants, on se plaindrait en justice et c'est tout ! Nous ne leur faisons qu'un clin d'oeil. Ils n'ont qu'à corriger et voir si nous continuerions à parler. "
Par exemple, explique-t-il, "pour de nombreux homicides, nous faisons des enquêtes en collaboration avec la justice et on trouve la même chose. Seulement, celle-ci n'a pas les mains libres pour juger les coupables, en particulier quand il s'agit de dossiers impliquant les fonctionnaires du gouvernement."
En public, les gens ont souvent peur de saluer le travail des ONG, mais ils le font "quand nous les rencontrons individuellement", poursuit P-C Mbonimpa, ce vieil homme infatigable, apprécié de nombreuses organisations, tant étrangères que nationales.
Eric Nshemezimana
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